Chronique des Matières Premières

Chronique des Matières Premières

RFI - Claire Fages

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus. Diffusions (heure de Paris) : 05h18 vers l'Afrique et le monde, 08h52 vers le monde et Paris.   Retrouvez les sujets traités par cette émission sur RFI SAVOIRS = http://savoirs.rfi.fr/

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Chronique des matières premières - Le Qatar va se doter de sa première centrale solaire

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Le Qatar, petit Émirat du Golfe, vient de signer un accord pour la construction d’une première centrale solaire avec Total. Pour l’AIE, l’Agence internationale de l’énergie, le secteur pétrolier et gazier doit faire beaucoup plus, pour répondre à l'urgence climatique.

Ce projet de plus de 450 millions d’euros va fournir près de 10 % de la demande en électricité du Qatar. Sur cette centrale construite sur un terrain de mille hectares, à l’ouest de Doha, seront montés deux millions de modules solaires à double face. Objectif : capter l’ensoleillement, exceptionnel de la région. Soit une capacité de 800 mégawatts. À titre de comparaison, un réacteur nucléaire en France produit environ mille mégawatts. La mise en route de cette centrale est prévue l’an prochain, avant de monter en puissance pour 2022, date du Mondial de football au Qatar.

Les projets de centrales solaires se multiplient dans cette région, grâce au soutien d’entreprises internationales. Le Qatar, c’est le pétrolier Total. Quant à l’Arabie saoudite, elle a le soutien de SOFTBank, pour se lancer dans le solaire. De son côté, le groupe anglo-néerlandais Shell s’engage à investir 4 milliards d’euros, par an dans les énergies vertes, dès cette année. Reste que ces projets ne sont pas révélateurs d’une tendance. Pour l’AIE, l’Agence internationale de l’énergie, c’est loin d’être suffisant. Dans un rapport publié courant janvier, l’AIE rappelle que le secteur pétrolier et gazier ne consacre que 1 % de ses investissements aux énergies vertes.

Pour l’AIE, la solution n’est pas seulement, entre les mains des groupes internationaux. Les compagnies nationales, qui représentent plus de la moitié de la production mondiale d’hydrocarbures et la majorité des réserves, doivent aussi investir dans les énergies propres. Pour se diversifier, d’abord. Mais également pour avoir un avenir à long terme, si les prix du pétrole et du gaz viennent à baisser.

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Chronique des matières premières - Le cours du palladium continue de flamber sur les marchés mondiaux

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Après avoir connu une hausse impressionnante en 2019, le cours du palladium précieux devrait encore flamber cette année.

Le palladium est devenu plus cher que l’or, son cours a même dépassé les 2 500 dollars l’once ce mois-ci. Depuis le début de l’année, le prix du métal blanc a bondi de plus de 24 %, plus de 50 % en 2019. Deux facteurs expliquent ce phénomène : la production du palladium n’arrive pas à augmenter et les stocks disponibles ne cessent de se réduire. D’un autre côté, la demande augmente, tirée par l’industrie automobile. Le métal est utilisé essentiellement dans la fabrication des pots catalytiques des véhicules à essence, moins polluants que les voitures diesel. C’est la raison pour laquelle, ces dernières années, les consommateurs délaissent le diesel au profit de l’essence.

« Avec le développement du marché émergeant d’une part et le durcissement des normes environnementales d’autre part la demande du palladium ne cesse de croître depuis ces dernières années ce qui fait que pour la 9e année consécutive en 2020 on est sur un marché qui va être déficitaire entre la production et la consommation. Il existe aujourd’hui un substitut de ce métal, le platine. Mais cette substitution n’est pas simple à réaliser techniquement d’une part, elle prendra du temps, et puis les constructeurs automobiles hésitent à passer sur le marché du platine parce que le marché du platine est encore plus petit que le marché du palladium. Les constructeurs ont donc peur de se retrouver à terme sur le marché du platine avec encore plus de problèmes que ceux qu’ils connaissent aujourd’hui sur le marché du palladium » estimeBenjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI Asset management.

En effet, le marché du platine avec une production de 250 tonnes par an est plus petit que celui du palladium qui varie entre 320 et 350 tonnes. Très peu de pays produisent le palladium. Les deux principaux sont la Russie et l’Afrique du Sud. Ils assurent presque les trois quarts de la production mondiale.

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Chronique des matières premières - Pétrole: la Biélorussie veut diversifier ses sources d'approvisionnements

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La Biélorussie veut réduire sa dépendance au pétrole russe et diversifier ses sources d’approvisionnements. Dans un contexte de conflit énergétique avec Moscou, Minsk commence à acheter du pétrole norvégien.

La Biélorussie a acheté 80 000 tonnes de pétrole brut norvégien, c’est une première pour ce pays qui jusqu’à maintenant n'achetait que du pétrole russe. Le but du président biélorusse Alexandre Loukachenko est de diversifier ses sources d'approvisionnements pour ne plus dépendre de son grand voisin.

Fin 2019, les présidents des deux pays se sont rencontrés à plusieurs reprises, mais sans succès. Ils n'ont pu parvenir à un accord sur les prix de livraison du brut. Moscou veut en augmenter le prix, Minsk refuse. Les deux pays, pourtant alliés depuis l’éclatement de l’Union soviétique, traversent actuellement des relations mouvementées en raison de ce désaccord.

Conséquences : début janvier, les livraisons de pétrole russe ont été interrompues. En effet, le contrat d'approvisionnement qui liait les deux pays est arrivé à expiration le 31 décembre. Malgré leur mésentente, un accord provisoire a été trouvé afin de couvrir les besoins de la Biélorussie, mais ce contrat ne couvre que le mois de janvier.

Le pétrole russe est pourtant vital pour la Biélorussie. Le pays importait jusqu’ à récemment du brut russe à des tarifs préférentiels, soit 24 millions de tonnes chaque année. 6 millions pour ses besoins intérieurs, le reste étant raffiné dans les raffineries nationales puis exporté vers l’Europe, un revenu important supplémentaire pour ce pays pauvre.

Pour ne plus dépendre de son voisin, le président biélorusse souhaiterait n'acheter que 30 à 40% du pétrole russe, le reste proviendrait de l’étranger. Une ambition difficile à réaliser, car le brut étranger est plus cher que le brut russe. En septembre dernier, la Lituanie et la Pologne, deux pays méfiants à l'égard de Moscou ont proposé d’aider la Biélorussie à réduire sa dépendance vis-à-vis du pétrole russe.

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Chronique des matières premières - Première victoire judiciaire de l'olive espagnole aux États-Unis

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La décision redonne de l'espoir aux agriculteurs européens, dont les produits sont tour à tour sanctionnés aux États-Unis. Un tribunal américain a donné raison aux producteurs d'olives espagnols contre les taxes de Donald Trump.

L'association espagnole des olives de table se réjouit de cette première victoire judiciaire contre les taxes de Washington. D'autant que c'est le tribunal fédéral américain du commerce international qui a donné raison à ce secteur agro-alimentaire européen contre l'administration Trump. L'Espagne est le premier producteur d'olives au monde et elle exportait, sans même tenir compte de l'huile d'olive, le quart de sa récolte aux États-Unis, dont 40 % d'olives noires, pour orner les pizzas des Américains.

Mais en juillet 2017, le secteur agricole californien s'était estimé victime d'une concurrence déloyale de l'olive noire espagnole, ce qui avait abouti à une enquête du Département américain au commerce et quatre mois plus tard, à des taxes de plus en plus élevées sur les importations espagnoles. Elles sont aujourd'hui de 35 % ! Ce qui a fait plonger les volumes d'exportation d'olives espagnoles aux États-Unis de moitié.

Les deux arguments de l'administration américaine tombent

Le Tribunal fédéral américain au commerce international a démonté l'argumentaire de l'administration Trump. Le Département américain au commerce estimait que les olives espagnoles avaient bénéficié de subventions spécifiques. La cour américaine a démontré qu'il s'agissait de subventions à tout le secteur agricole, notamment en cas d'aléas climatiques. Le tribunal a aussi jugé que les subventions n'étaient pas destinées aux industriels espagnols de l'olive, comme le prétendait l'administration américaine, mais aux producteurs d'olives.

Jurisprudence avant la décision de l'OMC

Ce jugement du tribunal américain pourrait aider l'Europe à l'emporter devant l'Organisation mondiale du commerce sur ce dossier. Il y a un an la Commission européenne a déposé une plainte à l'OMC, qui a accepté de former un groupe d'experts sur l'olive noire espagnole. En attendant que l'Organisation mondiale ne tranche, l'association espagnole des olives de table espère que le Département américain au commerce, qui a un mois et demi pour revoir son argumentaire, diminuera au moins les taxes et les fera passer de 35 % à 20 %.

D'autres produits agricoles européens n'ont pas eu cette chance puisque la condamnation par l'OMC des subventions de l'avionneur européen Airbus, a autorisé les États-Unis à taxer à 25 % les vins et les fromages européens. Pour l'instant la menace de Washington de taxer à 100 % le champagne et d'autres produits emblématiques français comme le roquefort semble s'éloigner, un accord se dessinant avec Paris sur la taxation des bénéfices des géants d'internet, les GAFA.

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Chronique des matières premières - Le Cambodge entre sur le marché mondial de la noix de cajou

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C'est un nouveau venu sur le marché mondial de la noix de cajou : le Cambodge devient un fournisseur de noix brutes pour le Vietnam, qui encourage l'essor de la production d'anacarde chez son voisin. L'Afrique de l'Ouest doit-elle s'en inquiéter ?

Le Cambodge commence à s'imposer sur le marché mondial de la noix de cajou. Alors qu'il ne produisait quasiment rien il y a dix ans, le pays des Khmers est parvenu à 200 000 tonnes de noix brutes l'an dernier, selon les chiffres du ministre cambodgien de l'agriculture, rapportés par Commodafrica. Soit deux fois plus en un an.

Approvisionnement de proximité pour le Vietnam...

À l'origine de cet essor de l'anacarde au Cambodge : le pays voisin, le Vietnam, le premier producteur mondial de noix de cajou décortiquée. Mais le Vietnam ne peut plus étendre ses plantations d'anacardiers et les Africains, notamment la Côte d'Ivoire, développent leur propre industrie de décorticage. Pour faire tourner les usines vietnamiennes de transformation, les autorités de Hanoï ont donc encouragé le développement de la production de l'autre côté de la frontière, au Cambodge, en fournissant les variétés et le conseil technique. « Pour le Vietnam, c'est un approvisionnement sûr et de proximité, il y a peu de coûts de transport, peu de stockage et donc la qualité est préservée par rapport aux noix brutes importées d'Afrique, commente un analyste de N'Kalo, joint par RFI. Les Vietnamiens paient la noix brute du Cambodge un bon prix, jusqu'à 1 euro 50 le kilo contre 50 centimes à 1 euro la noix brute africaine, d'où l'engouement très fort des petits producteurs cambodgiens ». Un phénomène que les Vietnamiens sont en train de reproduire au Laos et en Birmanie.

Face à l'essor de la transformation en Afrique

L'Afrique de l'Ouest doit-elle s'inquiéter de cette nouvelle concurrence ? Il n'y a pas péril en la demeure. L'Afrique fournit 45 % des noix de cajou transformées en Asie (Inde et Vietnam) et la Côte d'Ivoire est depuis deux ans le premier producteur de noix brute au monde, avec officiellement 700 000 tonnes en 2019 (900 000 tonnes si l'on inclut ce qui part en contrebande au Ghana). Le Cambodge avec ses 200 000 tonnes est encore un tout petit acteur. Mais un  fournisseur d'appoint important pour le Vietnam puisque l'Afrique développe de plus en plus la transformation locale. La Côte d'Ivoire décortique désormais 65 000 tonnes de noix brutes. Augmenter la transformation chez elle est finalement la meilleure assurance face à la concurrence des nouveaux producteurs asiatiques.