Les évaluations divergent sur les dégâts que pourrait causer la peste porcine dans les élevages en Chine. Mais cette maladie animale devrait encore accentuer le poids de la Chine sur le marché mondial des viandes.

La Chine a déjà abattu plus de 10 millions de porcs. La peste porcine pourrait, selon les plus alarmistes, faire perdre au premier consommateur de porc au monde le tiers de son cheptel ! La FAO et le département américain à l’Agriculture sont plus mesurés, ils avancent 10 % de pertes au total. Mais c’est déjà l’équivalent de 6 millions de tonnes de porc, trois fois la production de la France !

La Chine va de toute façon devoir importer davantage de viande.

Depuis le début de l’année, ses achats de viande porcine ont progressé de 20 %. C’est d’ailleurs ce qui a fait bondir les prix du porc en Europe, + 30 % depuis le début de l’année. Les éleveurs européens se réjouissent, ils sont les premiers fournisseurs de la planète.

Mais les Chinois grands carnivores ( 56 kg de viande par an et par habitant ) vont aussi fatalement se reporter sur d’autres viandes. De la moins chère, la volaille, jusqu’au bœuf et à la viande ovine, et pour toutes ces viandes ils sont déjà très dépendants de l’étranger. Premier importateur de porc, la Chine est aussi devenue le cinquième importateur de volaille, le deuxième importateur de bœuf, et on le sait moins, le premier importateur de viande d’agneau et de mouton ( 320 000 tonnes, 15 fois plus qu’en l’an 2000 ), souligne Jean-Marc Simier, expert de ces marchés et auteur dans Cyclope.

La sécheresse dans le centre de la Chine a beaucoup réduit le cheptel ovin. Au point que les flux internationaux de viande ovine ont été bouleversés en trois-quatre ans. L’Australie et la Nouvelle-Zélande qui fournissaient traditionnellement l’Europe vendent désormais jusqu’à 40 % de leur agneau à la Chine. L’Océanie étant elle-même victime de la sécheresse, la viande ovine est celle dont le prix a le plus augmenté l’an dernier, +8 % ( 6 000 dollars la tonne, c’est la plus chère, six fois plus chère que la volaille ).

Si la Chine n’arrivait pas à contrôler la peste porcine, elle pourrait donc assécher le marché mondial des viandes.

Un scénario qu’on n’a jamais connu et qui ferait flamber les prix internationaux. Paradoxalement, cela soulagerait les élevages africains de la concurrence étrangère, commente Jean-Paul Simier. Encore faudra-t-il que le soja et le maïs nécessaires pour les nourrir ne se mettent pas à flamber à leur tour. C’est ce qui pourrait se produire si la Chine compensait l’absence de porc par une surconsommation de poulet, dont les rations sont encore plus riches en soja.