La production de tabac dans les territoires palestiniens a très largement augmenté depuis une dizaine d’années, alimentant tout un secteur d’activité. Mais la production de cigarettes locales échappe à tout contrôle du gouvernement palestinien qui peine à imposer son autorité sur le secteur.

De 2005 à 2011, la production de tabac dans les territoires palestiniens était stable : autour de 5 tonnes par an. Mais depuis le début de la décennie, elle a explosé, jusqu’à atteindre 24 tonnes l’an dernier.

L’augmentation de cette production est due avant tout à une détérioration de l’économie des territoires palestiniens. Le mur de séparation construit entre la Cisjordanie et le territoire israélien a fait perdre aux agriculteurs de la région de Jénine une part importante de leurs débouchés pour leur production de fruits et légumes. Face à l’incapacité de vendre leur production, beaucoup ont fait le choix de passer de l’agriculture vivrière au tabac.

Développé en toute illégalité

Dans un territoire où 31% de la population fume, où les dépenses mensuelles d’un foyer en cigarettes sont supérieures à celles pour l’éducation, le tabac est un secteur porteur. Mais son développement s’est fait en toute illégalité. Si la culture du tabac est autorisée, la confection de cigarettes, elle, est réglementée. Or, pour échapper à tout contrôle de l’Autorité palestinienne, ces ateliers clandestins ont été installés en zone C, la partie de la Cisjordanie entièrement administrée par Israël.

Selon une étude de l’Institut de recherche sur la politique économique de Palestine, le gouvernement palestinien perdrait ainsi près de 100 millions d’euros par an en taxes non perçues. Il souhaite donc réguler ce secteur. Son plan prévoit de contraindre les agriculteurs à vendre leur production à la Compagnie de Jérusalem, société qui produit des cigarettes palestiniennes. Mais le prix qu’elle propose est inférieur de 2 euros 50 par kilo à celui que les producteurs obtiennent au marché noir : une différence qui, tant qu’elle ne sera pas résorbée, demeurera l’assurance vie de ce commerce illégal.