Les dernières statistiques le confirment. Les perspectives de récolte sucrière sont mauvaises dans tous les grands pays exportateurs. Pourtant les cours internationaux du sucre ne décollent pas.

C'est un paradoxe que les acteurs du monde sucrier ont du mal à avaler. L'Organisation internationale du sucre (ISO) vient de confirmer la baisse de la production mondiale, particulièrement chez les grands pays exportateurs.

L'Inde qui était le premier producteur mondial cette année, devant le Brésil, produira, à cause d'une mauvaise mousson, 15 % de moins de sucre de canne, en 2019-2020. La Thaïlande produira 10 % de moins. Au Brésil ce sera la stagnation après une chute de production déjà l'an dernier, le géant latino-américain privilégiant l'éthanol aux dépens du sucre, mal payé. L'Europe n'exportera presque rien l'an prochain avec des surfaces de betteraves réduites, sans compter les dégats climatiques...

L'Europe n'exportera presque rien

Au total on produira moins de sucre sur la planète que l'on en consommera en 2019-2020. Soit un déficit entre l'offre et la demande.

Pourtant, les cours mondiaux du sucre restent collés au fond de la courbe, 11 cents de dollars la livre de sucre roux, 306 dollars la tonne de sucre blanc. C'est leur plus bas niveau depuis près d'un an. Le sursaut de fin 2018 n'est qu'un souvenir.

Stocks lourds en Inde

Comment expliquer cette absence de réaction des marchés ? Par le volume des stocks de sucre accumulés, ils restent très lourds à court terme, en particulier en Inde. C'est d'ailleurs pour cela que New Delhi vient de subventionner les exportations, afin que les sucriers indiens ne vendent pas à perte.Par ailleurs la consommation de sucre, même si elle continue d'augmenter au niveau mondial, a tendance à voir sa croissance décélérer, le facteur santé joue contre les prix du sucre.

Les fonds continuent de parier à la baisse

Mais la raison fondamentale, estime un négociant de sucre, le patron de Marex Commodities, c'est le comportement des fonds d'investissement. « Voilà deux ans qu'ils parient à la baisse des cours du sucre et que ça vaut le coup, alors ils continuent ».

Pourtant « quand la courbe va se retourner, prédit cet intermédiaire, ce sera violent ». La question est de savoir quand. En attendant, des producteurs aux usines, tout le secteur sucrier souffre. Les négociants ne sont pas épargnés. Certains comme ED&F Man diminuent leur exposition à cette matière première, d'autres comme Olam ne tradent tout bonnement plus de sucre.

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