Le ministre russe de l'Agriculture est en visite en Arabie saoudite. Riyad vient d'accepter d'importer, c'est historique, du blé russe, en diminuant ses exigences sur la qualité des grains.

L'Arabie saoudite faisait partie des marchés les plus exigeants sur la qualité du blé. Elle tolérait zéro grain piqué par des punaises, un défaut fréquent des blés de la mer Noire, parfois mal conservés dans les silos. Mais le rapprochement diplomatique et pétrolier avec la Russie a fait céder Riyad. L'Arabie saoudite vient d'accepter au début du mois dernier 0,5 % de grains punaisés dans les cargaisons dès le prochain appel d'offres. Le ministre russe de l'Agriculture, en visite dans la péninsule arabique, réussira, peut-être, à arracher un relèvement de ce seuil à 1 %, ce qui faciliterait encore plus les choses au blé russe !

De l'Afrique subsaharienne à l'Indonésie

La Russie continue d'étendre les débouchés pour ses céréales. Grâce à une récolte de blé 40 % plus abondante en six ans, et des surfaces qui rendent les coûts de production imbattables, la Russie, on le sait, vend déjà du blé en Egypte et en Afrique subsaharienne, aux dépens du blé français, inégal en quantité et en qualité depuis quelques années.

Cette année la Russie a également triplé ses exportations de blé vers l'Indonésie, le deuxième acheteur mondial désormais, aux dépens du blé australien, dont c'était le débouché naturel.

En Arabie saoudite, la Russie dérobe des parts de marché au blé de l'Allemagne et des Pays baltes, un blé fort en protéine, comme le blé russe. Car 12,5 % de protéines, c'est une autre exigence de l'Arabie saoudite, raison pour laquelle elle n'est pas une destination habituelle du blé français, qui peut rarement répondre à ce critère.

L'Algérie reste fermée au blé russe

Pour le blé français, la grande crainte, ce n'est pas que l'Arabie saoudite renonce à sa tolérance zéro sur les grains punaisés, mais qu'un jour l'Algérie, son premier marché hors de l'Union européenne, prenne la même décision. Elle y est encouragée depuis des mois par Moscou. Pour le moment la filière céréalière française se rassure : la qualité et les quantités sont au rendez-vous et la parité euro/dollar est plutôt favorable aux exportations.