Quatorze mille exposants et 100 000 visiteurs y sont attendus jusqu'à vendredi. Le Space, le salon international de l'élevage, s'ouvre à Rennes, dans l'ouest de la France. L'édition 2019 a pris pour thème le climat, alors que le modèle de l'élevage industriel est remis en cause en Europe et qu'en parallèle l'ouverture des marchés se poursuit.

Quel cap doivent prendre les éleveurs en France ? Responsables de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre – c’est le chiffre mondial de la FAO –, ils doivent à la fois répondre au défi du climat et du bien-être animal, après une succession de pétitions au niveau français et européen contre l’élevage industriel. Mais aussi résister à une concurrence étrangère de plus en plus forte.

L’Europe a en effet cédé sur le bœuf aux hormones aux États-Unis, elle a signé le traité de libre-échange avec le Canada, le Ceta. Des quotas supplémentaires de viande vont donc entrer sur les marchés européens, dont le marché français. Le traité UE-Mercosur, dont la ratification a été suspendue par Emmanuel Macron, menace les éleveurs européens à plus ou moins longue échéance. Et au sein de l’Europe, la concurrence fait rage entre le porc espagnol, allemand ou hollandais et le porc français. La France qui a fait énormément d’efforts sur la qualité de sa volaille et de ses œufs importe de plus en plus de poulets de chair du Brésil, mais aussi de Pologne, beaucoup moins chers.

Une conjoncture peu favorable à une mutation de l’élevage

« L’industrialisation de l’élevage s’accroît partout dans les pays occidentaux et les pays émergents, en Russie, en Inde, en Chine, en Afrique », souligne l’économiste Jean-Paul Simier. « La France, avec 60 vaches par ferme en moyenne, et au maximum 200 truies, est très loin des milliers de bovins des États-Unis, des milliers de truies des élevages espagnols, et bien sûr des dizaines de milliers de Chine. Il y a deux ans on a encouragé les éleveurs à monter en gamme, remarque-t-il, mais en parallèle on "déprotège" l’agriculture. La position du gouvernement français est contradictoire. »

La conjoncture n’est pas forcément très favorable non plus à une mutation d’ampleur de l’élevage. Seul les prix du porc ont vraiment progressé de façon inespérée, grâce ou à cause de la fièvre porcine africaine qui a décimé les élevages en Chine. Ailleurs, c’est beaucoup plus morose : les prix du lait et surtout du bœuf sont très décevants, alors même que le fourrage vaut très cher à cause de la sécheresse.