Côte d'Ivoire, Ghana, Cameroun... Ces pays avaient misé sur l'extension des bananeraies. Mais la part de marché des pays ACP s'effrite en Europe face à la banane latino-américaine. Depuis l'an dernier, les prix se sont effondrés. D'où l'appel lancé depuis Abidjan par quatre organisations de producteurs afro-caribéens.

L'appel d'Abidjan est signé par Afruibana, qui représente producteurs et exportateurs de Côte d'Ivoire, du Ghana et du Cameroun, mais aussi par l'organisation historique ivoirienne de la banane, l'OCAB, l'organisation des producteurs de République dominicaine, Adobanano, et la Banana Growers Association, de Belize. Des producteurs de pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique), dont l'avantage, zéro droit de douane à l'entrée sur le marché européen, est de moins en moins intéressant, puisque les pays concurrents d'Amérique latine voient leurs droits de douane progressivement réduits depuis 2009.

La banane dollar s'est taillée la part du lion

Dix ans après, les producteurs de bananes des pays afro-caribéens sont amers. lls n'ont pas profité de l'essor du marché européen : 6,5 millions de tonnes, soit 1,3 million de tonnes de bananes supplémentaires consommées en dix ans. Ce sont les bananes d'Équateur, du Costa Rica, du Guatemala ou de Colombie qui se sont taillées la part du lion ; elles constituent les trois quarts de l'approvisionnement européen désormais. En revanche, le volume vendu par les pays africains et caribéens a stagné à un peu plus de 1 million de tonnes. De 20% leur part de marché s'est tassée à 16%.

Les producteurs afro-caribéens ne voient pas d'issue

Autre coup dur, le plongeon des prix l'an dernier, du fait de l'afflux de bananes des pays andins et d'Amérique centrale. On est à moins de 12 euros le carton importé (de 18,14 kilos), soit 66 centimes le kilo de bananes ! « Si certains opérateurs américains peuvent vivre à ce prix-là, commente un économiste du CIRAD, les producteurs afro-caribéens ne voient pas d'issue. » L'an dernier, beaucoup de sociétés ont arrêté tout investissement en Côte d'Ivoire, 320 000 tonnes aujourd'hui, loin des 500 000 tonnes promises. Le Cameroun, du fait de la rébellion anglophone, ne fournit plus que 220 000 tonnes. Quant au numéro 3, le Ghana, il ne produit que 80 000 tonnes. Et son créneau, la banane bio, voit aussi les prix chuter. Autre menace, le Brexit risque de fermer le marché britannique, deuxième marché d'Europe (1 million de tonnes) à la banane ACP.

Conserver les 75 euros la tonne

D'où l'appel de ces producteurs à l'Europe : que l'UE arrête de baisser les tarifs douaniers, actuellement 75 euros la tonne, sur la banane concurrente des pays andins et d'Amérique centrale ; qu'un système de surveillance évalue réellement l'impact des accords commerciaux ; et qu'un nouveau programme d'accompagnement du secteur bananier africain voit le jour.