L'oignon est un produit alimentaire très sensible politiquement en Inde. Pour calmer l'inflation après les retards de récolte, les autorités de New Delhi ont interdit l'exportation des précieux bulbes, ce qui fait grimper les prix dans toute l'Asie.

La pénurie d'oignon indien fait pleurer toute la région. L'Inde est en effet le premier fournisseur mondial d'oignon et elle vient d'imposer un embargo sur ses exportations. Les prix de l'oignon avaient grimpé démesurément. En un mois, ils avaient quasiment quadruplé sur certains marchés indiens. La faute à une mousson trop longue, qui a provoqué des inondations et donc retardé les récoltes.L'oignon est plus qu'un produit de base en Inde, sa présence dans tous les plats est culturelle. L'inflation de cet ingrédient indispensable a déjà dans le passé fait tomber des majorités, et en particulier celle du parti nationaliste hindouiste, BJP, actuellement au pouvoir à New Delhi, il y a vingt ans.

Contrecoup pour les producteurs

La réaction des autorités est donc radicale : interdiction de stocker des oignons, et interdiction de les exporter, depuis le 29 septembre. Et tant pis si cela mécontente maintenant les producteurs d'oignons en Inde, pourtant base de l'électorat du Premier ministre Modi. Les maraîchers voient leur prix de vente s'effondrer. Des subventions seront probablement décidées, dans un second temps, comme lors des précédentes crises, la dernière datant de 2016. Certains analystes estiment qu'il serait temps de consacrer cet argent à éviter des cycles aussi extrêmes, en développant et en modernisant le stockage et la transformation des oignons indiens lorsqu'il y en a beaucoup pour limiter ensuite les pénuries.

Jusqu'en Chine et en Égypte

En attendant, l'embargo de New Delhi sur les oignons déplace l'inflation dans le reste de l'Asie. Le Sri Lanka a vu les prix grimper de 50%, ils ont doublé au Bangladesh et au Népal. La Malaisie et le Pakistan sont également inquiets pour leur approvisionnement, ils doivent accélérer les procédures pour remplacer l'oignon indien, qui nourrissait la moitié des importations asiatiques. La Birmanie est toute proche, mais elle n'est qu'un petit fournisseur d'appoint. Et il faut un mois pour faire venir des oignons de fournisseurs plus importants comme la Chine et l'Égypte, auprès de laquelle même l'Inde aujourd'hui cherche à s'approvisionner. Le temps que la nouvelle récolte indienne arrive sur le marché et que l'embargo soit levé, la crise asiatique de l'oignon pourrait donc durer au moins jusqu'à la fin de l'année.