Pour écouler ses excédents de sucre, l'Inde subventionne les exportations, en particulier vers l'Iran. Ce sucre est payé avec l'argent du pétrole iranien. Une cagnotte qui pourrait vite se vider.

L'Inde et l'Iran échangent du sucre contre du pétrole. Avec sa récolte historique de canne à sucre l'an dernier, l'Inde a détrôné le Brésil à la place de premier producteur mondial, mais ce sucre n'est pas compétitif.Alors les autorités de New Delhi ont décidé de payer une subvention de 10 500 roupies, 147 dollars, sur chaque tonne de sucre indien qui serait exportée du pays. Une aubaine pour l'industrie sucrière nationale, alors que les prix intérieurs fondent et que le marché international n'en offre que 350 dollars la tonne.

Prix préférentiel

Cela permet aussi à New Delhi de soutenir les achats alimentaires de l'Iran. La République islamique commande habituellement à l'Inde du riz, du thé et du soja, mais cette année elle manque aussi cruellement de sucre et en achète pour la première fois depuis plus de cinq ans à l'Inde. Ce commerce s'amplifie avec les subventions indiennes : 350 000 tonnes devraient être livrées entre octobre et décembre, au prix préférentiel de 302 dollars la tonne.

Paiement en roupies

Le sucre indien, l'Iran le paie avec l'argent du pétrole. De l'argent stocké en roupies, la monnaie indienne, sur un compte séquestre de la banque publique indienne UCO Bank, une façon de contourner l'interdiction faite à l'Iran d'utiliser le dollar dans ses transactions. L'an dernier, l'Inde a acheté selon ses statistiques pour 12 milliards et demi de dollars de pétrole à l'Iran, 213 millions de barils, 14 % de ses importations pétrolières, en échange elle n'a vendu qu'environ 3 milliards de dollars de denrées à l'Iran. Il y a donc une marge en faveur de l'Iran utilisable pour ses commandes alimentaires.

Mais les ventes de pétrole iranien plongent

Mais depuis le mois de mai, et la fin des exemptions américaines aux clients de Téhéran, l'Inde a pratiquement cessé les achats de pétrole iranien. Longtemps 3e fournisseur de l'Inde, la République islamique n'est plus dans les dix premiers fournisseurs. Entre avril et août dernier, les commandes indiennes de pétrole à Téhéran ont chuté de 85 %, pendant qu'elles progressaient de 72 % auprès des États-Unis. La cagnotte de roupies pour le troc pétrole contre nourriture entre l'Inde et l'Iran pourrait donc rapidement se vider.