Alors que la Semaine des métaux bat son plein à Londres, tous les professionnels ont les yeux tournés vers l'Indonésie. Le premier fournisseur mondial de nickel mène une politique d'industrialisation à coup d'embargos successifs.

L'Indonésie joue avec les nerfs du marché du nickel. A la fin du mois d'août, les autorités de Djakarta annoncent qu'elles cesseront toute exportation de minerai brut de nickel dès le 1er janvier prochain, avec deux ans d'avance sur le calendrier prévu. Lundi, nouveau coup de tonnerre : les expéditions doivent s'arrêter sur-le-champ. Mardi, les autorités font volte-face, en autorisant à nouveau les chargements mais avec des contrôles accrus des bateaux.

Le cours du nickel a progressé de plus de 50 %

Il faut dire que les navires se précipitaient en Indonésie pour faire le plein de minerai de nickel avant l'embargo de janvier prochain. Or l'Indonésie veut au contraire limiter les exportations de minerai brut pour le transformer davantage sur son sol. Le bras de fer avec les groupes miniers a démarré en 2014, avec un premier embargo sur le minerai, qui a évolué en 2017 en interdiction d'exporter du minerai de faible teneur, accompagné de la promesse des compagnies de créer des fonderies en Indonésie d'ici 2022. Les métallurgistes chinois ont en particulier construit des usines de fonte de nickel en Indonésie, utile pour la fabrication d'acier inoxydable en Chine. Au total une vingtaine de fonderies seraient en cours de construction.

Fabriquer des batteries en Indonésie

Mais le mouvement est trop lent aux yeux des autorités indonésiennes. D'autant qu'entre temps s'est produite la révolution du véhicule électrique. L'Indonésie voudrait en tirer les fruits, mais il faut pour cela un nickel beaucoup plus pur. Djakarta courtise les fabricants de batteries pour qu'ils s'installent dans l'archipel et même les constructeurs automobiles, comme le Japonais Toyota et le Sud-Coréen Hyundai. Pour l'instant l'Indonésie a tout intérêt à ce bras de fer qui a fait grimper les cours de sa principale ressource de plus de 50 % depuis le début de l'année, les importateurs se précipitant sur le minerai de nickel avant l'entrée en vigueur de l'embargo.

Ralentissement économique à craindre

Mais cette politique n'est pas sans danger. Si les stocks de nickel de la bourse de Londres ont fondu en quelques mois, ceux des industriels sont conséquents, or on prévoit un ralentissement de l'industrie mondiale en 2020. L'embargo indonésien encourage par ailleurs les fournisseurs concurrents, les Philippines et la Chine elle-même, à reprendre de plus belle leur production de minerai de nickel.