Les produits à base de tabac produit au Malawi sont bloqués à leur entrée aux Etats-Unis. Motif : dans ce pays d'Afrique australe, la culture du tabac utiliserait le travail des enfants.

Ce n'est pas encore un embargo de la part des États-Unis contre le tabac du Malawi mais depuis le 1er novembre les marchandises sont bloquées dans les ports américains. A l'origine de cette décision, l'action en justice d'un cabinet d'avocat londonien contre le numéro un mondial du tabac. British American Tobacco est accusé de s'enrichir sur le dos des paysans malawites. Très pauvres, ils n'auraient d'autre choix que d'employer leurs enfants dans les plantations de tabac, avec des risques pour leur santé liés à la maladie du tabac vert et aux pesticides.

La moitié de la population a moins de 18 ans

La multinationale répond qu'elle ne cautionne ni ne recourt au travail des enfants et que le tabac malawite représente moins d'1 % de son approvisionnement.L'exportateur Universal Leaf, principal transformateur et employeur du secteur au Malawi reconnaît entre les lignes sur son site internet que le travail des enfants est un problème, avec la moitié de la population qui n'a pas 18 ans. L'entreprise mène des actions en faveur de leur scolarisation.

Près de 50% des devises fournies par le tabac

Le gouvernement du Malawi, lui, défend son secteur. D'après son ministre de l'Agriculture « 80% de la production de tabac a lieu dans le cadre d'un système intégré qui exclut le travail des enfants ». L'enjeu économique est énorme pour le pays d'Afrique australe. Le Malawi tire la moitié de ses devises et le quart de son budget des exportations de tabac.

Mais des prix en baisse

Si le marché américain ne représente que 10 à 12% des débouchés et que l'essentiel part en Chine, la réputation ternie de la production malawite pourrait peser davantage sur les prix de vente. Ils ont déjà chuté de 16% en un an, selon la Commission locale de contrôle du tabac et l'entreprise d'enchères Auction Holdings, rapporte Reuters. Si les revenus du tabac ont augmenté l'an dernier au Malawi, à 330 millions de dollars, c'est avant tout grâce à l'essor de la production. Plus de 200 000 tonnes en 2018, le double de l'an dernier. Le Malawi talonne désormais le premier producteur d'Afrique, le Zimbabwe, dont la production a pourtant été record l'an dernier, malgré la sécheresse.