On pensait que l'élevage pastoral au Sahel émettait beaucoup de gaz à effet de serre. Une étude du Cirad démontre au contraire que le bilan est bénéfique pour le climat.

L'élevage et particulièrement l'élevage extensif tel qu'il est pratiqué dans les pays du Sahel était pointé du doigt par les experts du GIEC sur le climat. Ils vont devoir revoir leur copie à la lumière de cette étude du Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agriconomique pour le développement. Menée par le Béninois Mohamed Habibou Assouma dans la région du Ferlo, au Sénégal, elle démontre que la transhumance des troupeaux dans le Sahel permet de stocker plus de gaz à effet de serre qu'elle n'en émet et que ce système d'élevage pastoral est donc bénéfique au climat.

Bilan positif à l'hectare

Cette conclusion, on la doit à un changement de méthodologie. On sait que les animaux d'élevage émettent beaucoup de méthane, un gaz très réchauffant, issu de leur digestion. L'élevage extensif africain était accusé d'en émettre encore plus parce que les animaux ingèrent en saison sèche une végétation grossière, moins digeste et donc beaucoup plus fortement « méthanogène », et parce que chaque animal produit peu de viande et de lait.

Moins de prélevement de nourriture en saison sèche

Mais l'étude du Cirad a considéré non plus les émissions de gaz à effet de serre au kilo de produit carné, mais à l'hectare, à l'échelle de l'écosystème et sur toute l'année. Et là, on découvre que les bovins et les petits ruminants du Sahel non seulement ingèrent moins de nourriture qu'on ne pensait - ils mangent plus en saison humide quand la nourriture est plus digeste et moins en saison sèche lorsque la végétation est très méthanogène. Et en saison sèche, ils stockent du carbone dans le sol en piétinant les feuilles et leurs déjections. Cela compense largement leurs émissions de méthane et la décomposition des déjections près des points d'eau en saison humide.

Un argument pour défendre l'élevage pastoral au Sahel

Cette étude pourrait avoir une portée économique et politique très importante. Que le bilan carbone de l'élevage pastoral au Sahel soit positif - l'étude sera poursuivie au Burkina Faso, au Niger et au Sénégal - c'est un argument pour demander aux gouvernements africains de soutenir cette activité, souligne Jonathan Vayssières, qui a supervisé la thèse. Pour qu'ils ménagent au pastoralisme des corridors malgré l'essor des villes, des cultures agricoles et des projets autoroutiers. Car l'élevage au Sahel, qui maintient une activité sur un territoire difficile, étendu sur 1,3 million d'hectares, pourrait in fine attirer des fonds internationaux pour la préservation du climat !