Depuis des années, un conflit frontalier oppose la Somalie et le Kenya. En jeu : une importante quantité d’hydrocarbures qui se trouverait le long des côtes somalo-kenyanes. Aujourd’hui, Nairobi accuse Mogadiscio d’avoir violé sa souveraineté.

La Somalie a relancé son vieux rêve de produire du pétrole. En février, Mogadiscio a annoncé la prochaine mise en vente de licences d’exploitation. Or, en examinant les cartes, le Kenya a vu rouge et accusé son voisin de violer sa souveraineté. En effet, selon Nairobi, les Somaliens auraient débordé sur une région de 10 000 km2 que les deux pays revendiquent. L’enjeu autour de cette portion de l’océan Indien en forme de triangle est immense, car cette côte somalo-kenyane pourrait regorger de gaz et de pétrole.

Guerre des Shiftas de 1963

Ce litige renvoie comme un écho au temps de l’indépendance et aux problèmes liés au tracé de la frontière terrestre nord, qui a entraîné la guerre des Shiftas de 1963. Une partie de la population en territoire kenyan avait alors demandé le rattachement à la Somalie. La révolte avait duré jusqu’en 1967 et s’était soldée par un statu quo. Ce sentiment d’inachevé à la frontière terrestre s’est donc déplacé dans l’océan Indien, sur la frontière maritime.

Or, depuis des décennies, la Somalie souhaite extraire les richesses de son sol. L’exploration de pétrole avait même commencé dès 1956. Mais l’intérêt grandissant pour le pays avait été douché par la guerre civile de 1991. Des contrats déjà signés avec Shell et Exxon avaient été gelés. L’exploration a été suspendue pendant 25 ans. Les données géologiques, elles, ont été perdues ou détruites.

Fort potentiel

Or, l’arrivée d’un début de stabilité en 2012 a relancé le projet somalien. De nouvelles études sismiques offshore ont été réalisées, confirmant le potentiel déjà pressenti un demi-siècle plus tôt. Mais certains disent que la Somalie s’est précipitée, peut-être aveuglée par le mirage de l’or noir. Et le conflit frontalier avec le Kenya a été relancé.

Les deux pays se sont renvoyés coup pour coup avec mesures de rétorsion migratoires et diplomatiques. Pour autant, la Somalie continue d’avancer. En mai, elle a voté sa loi sur le pétrole, ouvrant la voie à l’exploitation. En juin, elle a relancé les contrats de Shell et Exxon Mobil qui dormaient depuis 20 ans.Malgré les rencontres et les discussions, il semble que l’affaire doive se régler devant la justice. La Cour internationale de justice a donné rendez-vous aux deux parties en juin prochain.