Au Sénégal, en pleine campagne de commercialisation de l’arachide, la demande chinoise est en forte hausse, et les prix aussi. Au grand dam des transformateurs, qui ne trouvent pas suffisamment de matière première.

On l’appelle souvent « l’or du Sénégal ». Sidy Ba, secrétaire général du Cadre de concertation des producteurs d’arachide, a un proverbe : « Quand l’arachide tousse, c’est tout le Sénégal qui éternue ».

La campagne de commercialisation de l’arachide a démarré début décembre, et cela commence bien pour les producteurs : le prix plancher officiel est à 210 francs CFA (0,30 euro) le kilo. Mais cette année, la demande chinoise est forte. Et les exportateurs proposent un prix supérieur.

« Ceux qui exportent vers la Chine proposent entre 250 et 275 francs CFA. Cela fait notre affaire »

Les producteurs se frottent les mains, mais les transformateurs, qui se basent sur le prix officiel, en pâtissent. Les industries de l’huile peinent à trouver de l’arachide. Elles tirent la sonnette d’alarme et s’inquiètent de devoir mettre la clé sous la porte.

Le Syndicat national des travailleurs des industries des corps gras et activités similaires du Sénégal demande aux autorités de « bloquer les exportations » de graines jusqu’à ce que les opérateurs locaux se soient approvisionnés. Le député Moustapha Cissé Lo, lui, accuse le gouvernement de fixer le prix du kilo d’arachide avec « des gens qui ne connaissent rien au secteur ».

Ce n’est pas la première fois que cette situation se présente au Sénégal. Et pour le docteur Ibrahima Hathié, économiste à l’IPAR, l’Initiative prospective agricole et rurale, cela doit faire réfléchir à un système plus durable. Car si les producteurs dépendent uniquement de la demande chinoise, cela signifie qu'en cas de retrait, plus de débouchés.

Quelles solutions alors, pour que tous les acteurs s’y retrouvent ? Le docteur Hathié avance des pistes : revoir le système de contractualisation entre huiliers et producteurs et restructurer la filière en mettant l’accent sur l’arachide de bouche, à plus forte valeur ajoutée. Ou encore, favoriser l’exportation d’huile brute vers la Chine, au lieu de la graine. « C’est une situation à prendre au sérieux », souligne le chercheur, qui rappelle que l’arachide est cultivée dans 60 % des exploitations agricoles du Sénégal.