La Russie et l'Ukraine ont finalisé leur nouvel accord de transit gazier vers l'Europe. À priori, cet accord satisfait toutes les parties. Mais de nouvelles négociations pourraient être nécessaires à cause des retards de Nordstream 2.

Le transit du gaz russe à travers l'Ukraine est, c'est essentiel, assuré pour les cinq prochaines années. Le précédent accord conclu il y a dix ans arrivait à échéance au 1er janvier. Les deux frères ennemis Ukraine et Russie ont donc signé dans les temps.Les termes de l'accord avaient été dessinés le 20 décembre dernier. Restait à discuter des tarifs de transit dûs à l'Ukraine, c'est ce qui a rendu la dernière ligne droite des négociations plus ardue.

Accord gagnant-gagnant pour la Russie, l'Ukraine et l'UE

A l'arrivée toutes les parties sont gagnantes, souligne l'expert Thierry Bros, chercheur associé à Harvard. La Russie maintient sa part de marché en Europe en 2020 : 65 milliards de m3 de gaz via l'Ukraine, si on ajoute les 15 milliards de m3 qui passeront par le nouveau gazoduc Turkstream, on obtient pour les Russes la même quantité qu'en 2019. L'Ukraine, qui abandonne ses poursuites juridiques contre Gazprom, verra ses revenus garantis pour les cinq années qui viennent, 7 milliards de dollars au total, malgré la baisse des volumes à 40 milliards de m3 dès la deuxième année, puisque Nordstream 2 doit entrer en fonction. Enfin l'Union européenne, marraine de cet accord, se voit garantir pour cinq ans l'approvisionnement gazier le moins coûteux. Les prix européens du gaz ont d'ailleurs baissé dès l'annonce de la signature entre Kiev et Moscou.

Les sanctions américaines vont-elles encore retarder Nordstream 2 ?

Mais les nouvelles sanctions américaines contre Nordstream 2 pourraient bouleverser ce plan. Les Etats-Unis ont décidé le 21 décembre de sanctionner les entreprises qui participent à la construction du nouveau gazoduc russe à travers la Baltique. Les 130 km de tuyaux qui restent à poser pourraient ne pas l'être à temps, début 2021, quand les volumes à travers l'Ukraine sont censés diminuer. Si Gazprom devait finalement conserver des volumes identiques à travers l'Ukraine, pour satisfaire ses clients européens, il faudrait une nouvelle négociation des tarifs de transit avec Kiev. L'histoire n'est donc pas terminée !